Le petit Saint-Marthien

Journal de bord d'un intraterrestre

Agroécologie

L’agroécologie est une technique inspirée des lois de la nature. Elle considère que la pratique agricole ne doit pas se cantonner à une technique, mais envisager l’ensemble du milieu dans lequel elle s’inscrit avec une véritable écologie. Elle intègre la dimension de la gestion de l’eau, du reboisement, de la lutte contre l’érosion, de la biodiversité, du réchauffement climatique, du système économique et social, de la relation de l’humain avec son environnement… Elle est basée sur la recréation de l’humus comme force régénératrice des sols et sur la relocalisation de la production-transformation-distribution-consommation comme élément moteur d’un nouveau paradigme social.

“ L’agroécologie est pour nous bien plus qu’une simple alternative agronomique.
Elle est liée à une dimension profonde du respect de la vie et replace l’être humain dans sa responsabilité à l’égard du Vivant. ”
Pierre Rabhi

Faire de l’agroécologie et de la culture biologique un mot d’ordre planétaire ne serait pas un retour en arrière comme certains le disent. Cela vise à répondre aux nécessités de la survie tout en respectant la vie sous toutes ses formes. Il s’agit simplement de mettre les acquis de la modernité au service d’un projet humain : recréer des structures à taille humaine, revaloriser la microéconomie et l’artisanat, reconsidérer l’organisation du territoire, éduquer les enfants aux valeurs de la coopération et de la complémentarité, éveiller leur sensibilité à la beauté et au respect de la vie.

La pratique agroécologique a le pouvoir de refertiliser les sols, de lutter contre la désertification, de préserver la biodiversité, d’optimiser l’usage de l’eau. Elle est une alternative peu coûteuse et adaptée aux populations les plus démunies. Par la revalorisation des ressources naturelles et locales, elle libère le paysan de la dépendance des intrants chimiques et des transports générateurs de tant de pollutions et responsables d’une véritable chorégraphie de l’absurde, où des denrées anonymes parcourent chaque jour des milliers de kilomètres plutôt que d’être produites à l’endroit de leur consommation. Enfin, elle permet de produire une alimentation de qualité, garante de bonne santé pour la terre et pour ses enfants. Répondre de cette façon aux nécessités de notre survie tout en respectant la vie sous toutes ses formes est à l’évidence le meilleur choix que nous puissions faire si nous ne voulons pas être exposés à des famines sans précédent. C’est ce à quoi répond l’agroécologie telle que nous l’entendons [Extrait du « Manifeste pour la Terre et l’Humanisme » (Actes Sud)]

« Une autre agriculture est possible, et l’avenir passera par l’agroécologie ».

Tel est, en substance, le message du groupe GIRAF, cofondé par Pierre Stassart, chercheur au sein du Département des sciences et gestion de l’environnement de l’Université de Liège (ULg). Dans un texte récemment publié, ce groupe se penche sur l’histoire et le futur de l’agroécologie, une discipline émergente sur la scène mondiale, qui vise à allier agriculture, écologie et équité sociale.

C’est l’histoire d’une Terre, pressée comme un citron jour après jour pour en extraire ce qu’elle produit de meilleur. C’est l’histoire d’un monde où près de 850 millions de personnes – soit plus d’un huitième de sa population totale – souffrent de la faim. Ironie du sort, plus de la moitié d’entre elles sont des agriculteurs ou des travailleurs agricoles. C’est l’histoire d’une société où, sous d’autres cieux réputés plus développés, le fléau contre lequel il faut lutter n’est plus désormais la malnutrition, mais bien le… gaspillage alimentaire : 89 millions de tonnes de denrées saines sont jetées à la poubelle chaque année dans les 27 pays de l’Union européenne, soit 179 kilos par habitant.

Inévitablement, on se dit qu’il y a quelque chose qui cloche, sur cette Terre. Que d’autres modes de production devraient pouvoir être mis en place. Qu’une consommation plus équitable devrait pouvoir émerger. Tel est précisément l’enjeu de l’agroécologie. Un néologisme que Pierre Stassart, résume en quelques mots. « L’agroécologie, c’est faire rentrer l’équité sociale et l’écologie dans l’agriculture« .

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Avec huit autres spécialistes issus de différents horizons académiques, il fait partie du GIRAF, Groupe Interdisciplinaire de Recherche en Agroécologie du FNRS . Ce groupe, fondé en 2009, vient de publier un texte intitulé L’agroécologie : trajectoire et potentiel. Pour une transition vers des systèmes alimentaires durables, qui est en réalité le premier chapitre d’un ouvrage publié en septembre 2012. L’objectif de ce texte est double : analyser, d’une part, ce que cette discipline émergente recouvre aujourd’hui et définir, d’autre part, une série de principes qui devraient guider son développement.

Un petit poucet

Face à la tendance biotechnologique, largement dominante à l’heure actuelle, l’agroécologie fait encore figure de petit poucet. Mais un évènement a récemment accéléré la remise en cause du paradigme productiviste. En 2007-2008, plusieurs régions du monde sont touchées par une forte hausse des prix des produits alimentaires de base. Les prix du blé, du riz, du soja ou encore du maïs atteignent des pics sans précédent. En cause : des facteurs classiques tels que les mauvaises récoltes dans certaines zones de production et l’urbanisation croissante des populations pauvres mais également pour la première fois, la part croissante pris par les agrocarburants et la spéculation sur les biens alimentaires.
Les pays développés se tournent massivement vers les agrocarburants pour contrer la hausse des produits pétroliers, réduisant ainsi l’offre de certaines denrées alimentaires. Si l’on ajoute à cela une touche de crise financière, savamment entremêlée à toute une série d’autres facteurs, on obtient une série d’émeutes de la faim dans plusieurs pays en voie de développement : Haïti, Cameroun, Égypte, Indonésie, Sénégal, Côte d’Ivoire, Mauritanie, Mozambique, Maroc, Burkina Faso, Philippines, Thaïlande, Bangladesh…

Face à ces évènements, la question d’un autre modèle agricole – qui intégrerait non seulement les enjeux alimentaires mais aussi énergétiques, environnementaux et climatiques – ressurgit sur le devant de la scène politique et médiatique. Petit à petit, l’agroécologie commence à être considérée comme une alternative crédible.

agroecologie

L’agréocologie est un concept fédérateur qui revendique son caractère polysémique. Impossible de la résumer en une seule phrase, ce qui, d’une certaine manière, rend sa compréhension plus laborieuse. Dans son texte, le groupe GIRAF précise son propos au travers de l’évolution historique de la définition de l’agroécologie. Ainsi, trois définitions, l’une prenant en compte le caractère durable de l’agriculture, l’autre s’intéressant plus largement aux systèmes agroalimentaires, la troisième soulignant le fait que ce concept ne relève ni exclusivement de la recherches scientifique, ni de la pratique, ni des mouvements sociaux, mais résulte bien de l’interaction entre ces trois dimensions.

L’agroécologie répond par ailleurs à cinq principes historiques :

  1. Permettre le recyclage de la biomasse.
  2. Garantir des conditions favorables pour la croissance des plantes, en limitant au maximum l’usage d’engrais, de pétrole ou de pesticides.
  3. Assurer une gestion microclimatique, c’est-à-dire en rapport avec le climat d’une région donnée.
  4. Favoriser la diversité génétique et d’espèces.
  5. Permettre des synergies biologiques entre composantes de l’écosystème.

Les principaux moyens de l’agroécologie sont les suivants :

  • un sol vivant
  • utilisation d’engrais vert et de compost
  • emploi de soins naturels (extraits végétaux, …) pour les cultures et les animaux d’élevage,
  • usage de semences adaptées (variétés-populations, locales), rotations et associations de cultures,
  • gestion de l’eau (économie, paillage, …)
  • réhabilitation des savoir-faire paysans
  • valorisation des ressources locales
  • utilisation d’équipements économes et peu coûteux (par exemple traction animale en maraîchage)
  • lutte contre l’érosion des sols.

Au fil du temps, d’autres préceptes méthodologiques sont venus s’y greffer, comme le fait de devoir favoriser la gestion sur le long terme et plus seulement sur le court terme, ou encore la volonté de considérer la diversité comme un avantage plutôt que comme un inconvénient qu’il faudrait gommer à tout prix. Sans oublier certains principes socio-économiques, ajoutés par le groupe GIRAF : impliquer chercheurs, producteurs, consommateurs et pouvoirs publics, favoriser la possibilité d’autonomie par rapport aux marchés globaux et enfin valoriser la diversité des savoirs, tant locaux que traditionnels.

« La terre appartient à celles et ceux qui la travaillent »

Via Campesina (la « voie paysanne » en espagnol), qui fut l’un des premiers mouvements internationaux à s’inscrire dans la veine agroécologique, illustre bien le concept. Il puise ses racines dans les années 80, mais s’est officiellement constitué en 1993, lors d’une conférence à… Mons (Belgique), réunissant 46 représentants issus d’organisations paysannes, de travailleurs agricoles, de petits producteurs, de peuples indigènes… Ces organisations, venant d’Amérique du Sud, d’Amérique du Nord, d’Europe, etc. se regroupent autour de l’idée que, malgré les apparences, Nord et Sud partagent finalement une série d’intérêts communs, qu’ils doivent défendre ensemble.

Via Campesina plaide aujourd’hui pour le respect des petits et moyens paysans et s’est fixé huit axes de travail :

  • l’agriculture paysanne durable,
  • la réforme agraire et l’accès à l’eau,
  • la souveraineté alimentaire,
  • la biodiversité,
  • la défense des jeunes paysans,
  • la défense des femmes,
  • la défense des travailleurs migrants
  • et la défense des droits humains.

Dans de multiples endroits du monde, le mouvement organise régulièrement des conférences, actions de sensibilisation, des campagnes de soutien… Son slogan : « Stop aux accaparement de terres. La terre appartient à celles et ceux qui la travaillent. »

Mais le futur de l’agroécologie passera également par toute une série d’initiatives actuellement « en voie de développement ». Comme l’agroforesterie, ce mode d’exploitation de terres agricoles combinant des plantations d’arbres dans des cultures ou des pâturages. Une pratique permettant d’allier production alimentaire, énergétique et biodiversité.
Autre type de système dit « mixte » : la polyculture-élevage (soit le contraire de la monoculture), qui vise à combiner cultures et élevages sur un même site pour tirer de leur complémentarité des avantages. La question des semences entre aussi dans ce débat.

Aujourd’hui, la mise au point, la production et la diffusion des variétés de semences sont aux mains de firmes privées. Les fermiers n’ont plus le droit de sélectionner et de diffuser leurs propres semences. Tout passe désormais par l’industrie semencière qui imposent ses critères d’homogénéité et de standardisation.  Cette approche a provoqué la disparition de multiples variétés. L’idée est dès lors d’en revenir à un mode de production plus adapté aux nouveaux défis en matière de résilience (changement climatique) de biodiversité (goût, etc) et d’autonomie locale. On pourrait enfin citer la certification participative, cette tentative de réintégrer les consommateurs et les producteurs dans le processus de certification de l’alimentation biologique dont ils sont jusqu’à présent exclus.


Le projet Terre Saine et Souveraine travaille dans les Andes de la région Ancash (Pérou) depuis 2008. Il promeut la souveraineté alimentaire des familles paysannes tout en générant des capacités en termes de production agroécologique, d’alimentation saine et d’organisation de producteurs. Entre autres caractéristiques, le projet se base sur l’émergence de promotrices et de promoteurs qui mènent à bien les propositions. Quelques-uns des participants vont nous présenter leur expérience relative au volet Production agroécologique du projet.

Rapport du Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter

En fin d’année 2010 a été publié par l’Organisation des Nations Unies (ONU) un rapport très intéressant et très documenté sur l’agroécologie. En voici le résumé :

Olivier De Schutter

Olivier De Schutter

« Le réinvestissement dans l’agriculture, suscité par la crise des prix alimentaires de 2008, est essentiel pour la réalisation concrète du droit à l’alimentation. Cela étant, dans un contexte de crise écologique, alimentaire et énergétique, la question la plus urgente aujourd’hui, lorsqu’il s’agit de réinvestir dans l’agriculture, n’est pas de savoir combien mais comment. Le présent rapport étudie la manière dont les États peuvent et doivent réorienter leurs systèmes agricoles vers des modes de production hautement productifs, hautement durables et qui contribuent à la réalisation progressive du droit fondamental à une alimentation suffisante.

S’appuyant sur un examen approfondi des publications scientifiques qui ont vu le jour au cours des cinq dernières années, le Rapporteur spécial présente l’agroécologie comme un mode de développement agricole qui n’entretient pas seulement des liens conceptuels solides avec le droit à l’alimentation mais qui a aussi produit des résultats avérés, permettant d’accomplir des progrès rapides dans la concrétisation de ce droit fondamental pour de nombreux groupes vulnérables dans différents pays et environnements. L’agroécologie offre en outre des avantages qui peuvent compléter ceux qui découlent de méthodes conventionnelles mieux connues comme la culture de variétés à haut rendement. De plus, elle contribue de manière importante au développement économique dans son ensemble.

Le présent rapport défend l’idée que la transposition de ces expériences à une plus grande échelle est le principal défi à relever aujourd’hui. Des politiques publiques adéquates peuvent créer des conditions propices à de tels modes de production durables. Il s’agit notamment, en matière de dépenses publiques, de donner la priorité à l’acquisition de biens publics plutôt que de se borner à subventionner les intrants, d’investir dans les connaissances en réinvestissant dans la recherche agricole et les services de vulgarisation, d’investir dans des formes d’organisation sociale qui encouragent les partenariats, notamment la création de réseaux d’innovation reliant des fermes-écoles et des organisations d’agriculteurs, d’autonomiser les femmes et de créer un environnement macroéconomique favorable, notamment en reliant les exploitations agricoles durables à des marchés équitables. »

→ Rapport complet : ONU_rapport_Olivier_DeSchutter_dec2010.pdf


A consulter :

» PROJET AGRO-ÉCOLOGIQUE POUR LA FRANCE
» Fondation Pierre Rabhi
» Terre & HumanismeTransmission de l’agroécologie comme pratique et éthique visant l’amélioration de la condition de l’être humain et de son environnement naturel.
» Agroécologie selon WP
» Actu EnvironnementL’agro-écologie peut doubler la production alimentaire mondiale en 10 ans, selon l’ONU

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Cette entrée a été publiée le 11 septembre 2014 par dans Ethique, Permaculture.

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