Le petit Saint-Marthien

Journal de bord d'un intraterrestre

Vive les fruits et légumes moches !

ugly_fruitsUGLY FRUITS

Ugly Fruits est le projet génial d’étudiants de l’université de Weimar en Allemagne.

Clairement, il ne s’agit pas de littéralement prendre la défense des fruits et légumes… mais plutôt de tenter de luter efficacement contre les excès de l’industrie agroalimentaire qui élimine et détruit chaque année une bonne partie de la production.

Les fruits et légumes détruits n’étaient pas bons ?

Non… ils ne correspondent en partie tout simplement pas aux « canons de beauté » imposés par la société de consommation moderne.

Aux Etats-Unis par exemple, c’est 40% de la production qui est détruite. (Oui, vous avez bien lu… et le 0 n’est pas en trop.) Bien sûr, sur ces 40%, tout n’est pas dû au fait que les produits sont « moches », mais quand même !

En Allemagne,  le pourcentage semble être le même. Et à l’échelle européenne, celui-ci atteindrait même les 50%.

Ugly Fruits était donc un projet visant à informer le consommateur et aussi à agir pour créer un réseau de distribution spécialisé de ces fruits et légumes mis de coté des circuits de distribution classiques.

Le projet est simplement à l’étape d’idée…


Gaspillage alimentaire : enfin des mesures concrètes ?

L’Europe s’est engagée à prendre des mesures contre le gaspillage alimentaire en 2014…

En attendant, le gaspillage alimentaire est toujours important dans le monde : chaque année ce sont 300 millions de tonnes de denrées alimentaires qui finissent à la poubelle.

24% de ce gâchis concerne les fruits et légumes et sont uniquement dus à une question de calibrage : on jette donc des produits parfaitement consommables.

Gaspillage alimentaire : pourquoi manger des légumes inesthétiques

Couleur, taille, format ; autant de qualités qui n’enlèvent rien aux apports nutritifs de ces aliments.

Intermarché & Co

Sur ce plan, les enseignes françaises commencent à faire un effort. Ainsi en mars 2014, Intermarché a lancé la campagne temporaire « Fruits et Légumes Moches » : dans certains magasins on pouvait ainsi trouver une nouvelle « variété », avec un espace et un étiquetage dédiés. Des dégustations avaient lieu afin de convaincre les consommateurs que l’on peut parfaitement faire de la soupe de carottes ou du jus d’orange si la forme des fruits et des légumes n’est pas parfaite.

Depuis, un label Quoi ma gueule ? a vu le jour et ce sont désormais Auchan et Monoprix qui se mobilisent, sur des formats plus pérennes.

Encore de gros efforts à faire en France

Néanmoins, tout n’est pas rose, et il reste des montagnes à gravir, ne serait-ce que parce que la loi française oblige les enseignes à gâcher de la nourriture, jugée « impropre » à la consommation. Il faudrait une bonne fois pour toute en finir avec les bennes javellisées et autres pratiques. Espérons que la France suive bientôt sur ce plan l’exemple de la Belgique : La Belgique interdit le gaspillage alimentaire dans les supermarchés

Quant à nous, consommateurs, réapprenons à choisir ces légumes imparfaits, quitte à faire le tour des producteurs locaux ou à s’investir dans des projets comme Disco Soupe : le délit de sale gueule rapporté aux légumes ne doit plus être.

Un développement national à l’étude

logo-label-quoi-ma-gueuleLes fruits et légumes moches seraient-ils un bon plan pour le consommateur, le producteur et le distributeur ? Côté client, ces produits affichent un prix 20 à 30% moins chers que les « beaux ». Ce qui intéresse davantage les gens, aujourd’hui plus attirés par un côté « retour à la terre » que dans les années 1990. Donc vendus en nombre: bon point pour la distribution. Côté producteur, fini la perte générée par l’incinération des produits hors-calibre. Sans oublier la lutte contre le gaspillage alimentaire, « un engagement primordial pour Auchan », poursuit Antoine Carissimo. Un voeu pieux ? « Le label Quoi ma gueule? est allé voir nos fournisseurs, répond le responsable. En n’utilisant pas ces produits, nos fournisseurs non seulement ne gagnaient rien dessus, mais ils perdaient souvent de l’argent, eu égard aux frais de destruction. »

En mars 2014, Intermarché avait lancé une opération de quelques jours « fruits et légumes moches » à Provins (Seine-et-Marne). Contactée alors, l’enseigne avait confirmé le succès de l’événement et la réflexion que cela lançait sur le plan national. Même son de cloche chez Auchan. « En une semaine, les retours sont très positifs, confirme Antoine Carissimo. On a même du mal à fournir les rayons! Ce qui démontre la demande du consommateur et motive l’ensemble des acteurs. »

Pour l’heure, seules des initiatives locales ont été testées. 17 Monoprix (14 magasins d’Ile-de-France, Monoprix Rond-Point à Marseille, Monoprix Croix-Rousse à Lyon, Monoprix du Croisé Laroche à Marcq-en-Baroeul) leur emboîtent le pas depuis le 26 mai avec des pommes, des cerises et des abricots. Auchan et Intermarché, forts de ces succès, pourraient bien développer le rayon « moche » petit à petit au niveau national.

Fruta Feia_logoFruta Feia

Emilia Teixeira, retraitée, se rend tous les lundis après-midi, panier vide à la main, place do Intendente, dans le centre de Lisbonne, pour faire le plein de fruits et légumes pour la semaine. Ici, ces denrées peuvent paraître moins attractives que celles exposées sur les étals des supermarchés. Ces produits, pourtant parfaitement consommables, sont exclus du circuit de la grande distribution, en raison simplement de leur calibrage ou leur aspect disgracieux.

L’association Fruta Feia (fruits moches) se propose de leur offrir une seconde chance. Cette initiative, créée fin 2013 par Isabel Soares, une jeune trentenaire, compte pour l’instant deux points de distribution dans la capitale portugaise. Ce réseau de distribution fonctionne selon le modèle d’une coopérative de consommateurs, où les produits sont réservés aux seuls adhérents. Les sociétaires sont admis après une inscription sur internet et une contribution annuelle de 5 euros.

« J’ai été choquée de constater que des tonnes de fruits sont jetées tous les ans, juste parce qu’ils présentent quelques défauts. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose », a raconté à l’AFP cette jeune femme menue.

Un million de tonnes d’aliments détruit par an

Au Portugal, un pays en crise qui vient de sortir de son plan d’assistance financière, un million de tonnes d’aliments, soit près de 17% de la production, sont détruits ou jetés chaque année, selon une étude de l’agence portugaise de l’Environnement. Face au chômage élevé qui touche 37,5% des moins de 25 ans, de nombreux jeunes se tournent vers l’agriculture qui représentait l’année dernière 2,4% du PIB et près de 10% des exportations.

Au deuxième trimestre 2013, sur 70.000 emplois créés, 45.000 environ l’avaient été dans les secteurs de l’agriculture et de l’alimentaire. « Ces secteurs ont retrouvé de la compétitivité, grâce à une image plus moderne, qui attire davantage de jeunes », a souligné le ministre de l’Economie Antonio Pires de Lima.

Joana Oliveira, une jeune femme de 32 ans, a décidé il y a quelques mois de reprendre la ferme familiale pour se consacrer à la production de kiwis, avocats et citrons. Quand elle a entendu parler de Fruta Feia, elle a contacté les promoteurs de ce projet pour leur proposer ses fruits, qu’elle avait des difficultés à vendre dans les circuits traditionnels. « Il est très difficile pour un jeune producteur d’avoir accès au secteur de la distribution. Pour l’instant, sans eux, j’aurais eu beaucoup de mal à les proposer ailleurs », explique Joana, qui vend un kilo de kiwis à 45 centimes, contre deux euros dans le circuit normal.

Un succès contre le gaspillage alimentaire

Avant l’arrivée des premiers clients, Isabel Soares se rend chez une dizaine d’agriculteurs pour collecter les fruits et légumes qu’ils n’ont pas réussi à écouler. La tournée terminée, la camionnette remplie regagne les deux centres de distribution à Lisbonne, où les produits sont ensuite pesés sur une vieille balance à aiguille, puis distribués dans des cagettes en bois de 4 et 8 kilos, vendus 3,5 et 7 euros respectivement.

« Les produits ne sont pas forcément moins chers que dans le commerce (…) mais l’idée de soutenir nos agriculteurs par ces temps difficiles m’a beaucoup plu », relève Patricia Campina, 34 ans, une habituée du réseau Fruta Feia. Cette initiative, qui a permis d’éviter le gâchis de près de 30 tonnes d’aliments depuis son lancement en novembre dernier, connaît déjà un franc succès.

En cette année placée sous le signe de la lutte contre le gaspillage alimentaire par le Parlement européen, le réseau Fruta Feia ne manque pas de projets pour se développer dans le reste du pays.

 


En savoir + :

» http://www.uglyfruits.eu/
» Consoglobe
» La moitié des fruits et légumes récoltés en Europe sont perdus
» Que représente le gaspillage alimentaire dans le monde ?
» Gaspillage alimentaire : pourquoi manger des légumes inesthétiques ?
» La Belgique interdit le gaspillage alimentaire dans les supermarchés
» Alimentation : êtes-vous adepte de la vente directe ?
» DISCO SOUPE


 

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Cette entrée a été publiée le 8 septembre 2014 par dans Ethique, Transition.

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