Le petit Saint-Marthien

Journal de bord d'un intraterrestre

Un climat plus méditerranéen – Des récoltes plus précoces

Le réchauffement de la planète va bouleverser le climat tempéré de la France

Notre douce France, celle du climat tempéré, est-elle vouée à disparaître ? La question paraît incongrue, et pourtant…
Notre pays se « méditerranéise », pour reprendre les mots de Virginie Duvat, membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), spécialiste du littoral et chercheuse au laboratoire Lienss à l’université de La Rochelle.

Un climat pas encore tropical, plus tout à fait tempéré non plus. Et c’est un tout petit animal à la tête hirsute qui en apporte la preuve : la chenille processionnaire du pin (lire +). Elle nidifiait au sud de la Loire dans les années 1970, on l’aperçoit désormais aux portes de Paris.

Un climat plus méditerranéen - Des récoltes plus précoces

La France a chaud. Et sa nature s’en trouve modifiée. Son évolution illustre les résultats que le Giec a publiés le 31 mars dernier dans son tout premier rapport consacré aux impacts du dérèglement climatique : toutes les régions du monde sont désormais touchées par un réchauffement dont l’homme est à l’origine, qu’il s’agisse de déplacement ou de disparition d’espèces, d’érosion du littoral ou de vagues de chaleur, de dégâts dus aux tempêtes ou de pénurie d’eau.

Notre pays, lui, expérimente déjà la plupart de ces phénomènes : submersions marines pendant la tempête Xynthia en 2010, canicules en 2003 et 2007, littoral en recul…
De manière plus discrète, un cortège d’espèces animales déménagent vers le Nord. Dans les océans, une transhumance invisible a commencé : coquilles Saint-Jacques, langoustines…
« La biodiversité augmente dans les hautes latitudes et diminue dans les zones tempérées », résume Jean-Pierre Gattuso, directeur de recherche au laboratoire d’océanographie de Villefranche-sur-Mer .

Tout change, donc. En particulier dans le sud-ouest de la France. C’est là qu’à l’initiative du président (PS) du conseil régional d’Aquitaine, Alain Rousset, le climatologue Hervé Le Treut, Bordelais d’origine et membre éminent du Giec, a entamé en 2011 la plus grande enquête régionale sur le climat jamais réalisée en France. Le résultat est publié par la région dans l’ouvrage Prévoir pour agir. Pendant deux ans, 163 experts ont recherché toutes les traces du réchauffement, des vignobles aux champs de maïs, sur le littoral comme dans les forêts. Une première.

« Une grande mutation est à l’oeuvre »

Publié en novembre 2013, le rapport coordonné par Hervé Le Treut révèle que la nature est en pleine transformation. « Une grande mutation est à l’oeuvre », assure le scientifique.

En Aquitaine et dans le reste de la France. « Ce ne sont pas seulement les événements climatiques extrêmes qui sont importants pour l’humanité, mais tous les petits changements progressifs », explique Sylvain Mondon, chargé de mission à l’Observatoire national des effets du réchauffement climatique (Onerc).

Car le climat dessine tout. S’il change, il faut tout réinventer : l’habitat, les moyens de transport, les modes de culture… Pour Nicolas Bériot, secrétaire général de l’Onerc et chargé par le gouvernement du Plan national d’adaptation au changement climatique, « en matière d’adaptation, mieux vaut opérer une vraie transformation que des modifications à la marge ».

Adaptation. Voilà le mot-clé. Demain, nous construirons des infrastructures « résilientes », c’est-à-dire capables de faire face à des pluies torrentielles ou à des sécheresses.

Demain, en plus des services météo – qui ont une capacité de précision de quelques heures à quelques jours –, des « services climatiques », encore embryonnaires, nous donneront des prévisions à plus long terme, décisives pour un achat immobilier, le choix d’une région de résidence…

En France, Drias-climat.fr, site unique au monde développé notamment par Météo France, livre déjà des statistiques et des informations climatiques jusqu’à l’horizon 2085, à l’échelle nationale, mais aussi pour des petits territoires, de huit à dix kilomètres carrés.

Les canicules se répètent

« Nous venons de vivre en France les quatre années les plus chaudes de notre histoire », rappelle le climatologue Jean Jouzel.

Côté positif, les demi-saisons vont être plus agréables. Côté négatif, l’indice de confort estival se dégradera avec, à la clé, une forte baisse de l’attractivité touristique, excepté dans le Nord et dans certains départements des Alpes.

Tous les dix ans, Paris gagne quatre journées estivales de plus. Toulouse, plus de cinq. Une journée est dite estivale lorsque sa température dépasse 25 °C.

A partir de 2050, ça se corse : le nombre de jours très chauds (plus de 35 °C) va se multiplier. Les scénarios les plus pessimistes parlent de plus de 40 jours certaines années en Ile-de-France.

Globalement, avec la hausse des températures, les vagues de fortes chaleurs urbaines vont se multiplier. « C’est l’un des rares points sur lesquels nous avons des certitudes », explique Sylvain Mondon.

Les conséquences sont lourdes. La canicule de 2003 a fait 70 000 morts en Europe, dont 15 000 en France, surtout des personnes âgées. Mais elle a aussi fait baisser de 20 % les revenus agricoles habituels. Les grandes monocultures qui demandent beaucoup d’irrigation, comme le blé et le maïs, sont particulièrement exposées.

Le pic de pollution qui a touché 30 départements début mars n’était pas directement lié au changement climatique, mais à des conditions météo qui bloquaient la pollution dans les basses couches de l’atmosphère. En revanche, les pollutions à l’ozone, elles, se multiplient avec la chaleur.

Les allergies s’aggravent

Autre conséquence : les pollens vont devenir plus allergisants. C’est le cas par exemple de celui du bouleau, particulièrement toxique quand les températures s’élèvent.

En Rhône-Alpes, la région s’inquiète du développement d’une espèce invasive, l’ambroisie à feuilles d’armoise, plante ultra-allergisante qui déclenche de graves problèmes respiratoires.

Enfin, un nouveau venu a fait son apparition dans le sud de la France : le moustique tigre ou aedes albopictus, habitué des pays tropicaux, qui peut transmettre le virus du chikungunya, une maladie infectieuse.

« C’est l’ennemi, confirme Dominique Chabasse, professeur de parasitologie et spécialiste des maladies tropicales au CHU d’Angers (Maine-et-Loire). Il est suivi de très près par un réseau structuré de spécialistes des insectes, au cas où surviendraient des cas de maladie. Ce moustique est déjà présent dans les Alpes-Maritimes. »

Le pollen du bouleau, arbre fréquemment planté dans les villes, devient extrêmement toxique lorsque les températures s’élèvent.

Le pollen du bouleau, arbre fréquemment planté dans les villes, devient extrêmement toxique lorsque les températures s’élèvent.

Le vin est plus alcoolisé

Le réchauffement a déjà deux effets sur les vendanges : une hausse des récoltes nocturnes et, grâce à l’augmentation de l’ensoleillement, une meilleure qualité de raisin.

Mais, attention, si les températures deviennent très élevées, les sucres vont s’accumuler dans le vin et augmenter sa teneur en alcool, au risque de dénaturer son goût.

En Champagne, l’augmentation de la teneur en alcool s’élève déjà de près d’un degré. Pour maintenir une qualité constante, les vendanges commencent plus tôt.

Le bordelais devrait connaître une avancée de la date de floraison et de vendanges d’environ quarante jours d’ici à la fin du siècle.

Les vignes du bordelais seront vendangées beaucoup plus tôt pour maintenir la qualité du vin

Les vignes du bordelais seront vendangées beaucoup plus tôt pour maintenir la qualité du vin

Le littoral recule

Entre 1900 et aujourd’hui, l’océan s’est élevé de 20 centimètres en moyenne, à l’échelle du globe. Il devrait encore s’élever de 80 centimètres à 1 mètre d’ici à 2100. « Beaucoup d’experts pensent que c’est sous-estimé », précise Jean-Pierre Gattuso.

Vingt centimètres, ça paraît ridicule, mais cette petite différence change complètement la façon dont la mer peut amortir une tempête.

« Cela fait des décennies qu’on aménage le littoral au plus près de la mer, il faut abandonner ce modèle-là », explique Virgine Duvat.

Pour répondre à ce défi, la France a mis en œuvre une stratégie de gestion du « trait de côte », et un plan d’action.

Ainsi, sept communes réparties en cinq secteurs, toutes concernées de manière vitale par l’érosion, ont accepté courageusement d’être les sites pilotes d’une réflexion sur leur « relocalisation » : Ault (Somme) ; Hyères (Var); Lacanau, La Teste-de-Buch (Gironde) et Labenne (Landes) ; Vias (Hérault) et Petit-Bourg (Guadeloupe).

En parallèle, l’érosion des côtes touche près d’un quart du littoral français. Or la population s’est largement installée les pieds dans l’eau. Et quatre millions de personnes supplémentaires y sont attendues d’ici à 2040.

« L’adaptation passe aussi par l’évolution de l’habitat. Si en 2010 la tempête Xynthia a fait autant de morts (47), c’est parce que la plupart des maisons n’avaient pas d’étage ni de sortie de toit », précise Virginie Duvat.

Toutes les villes littorales à côte basse sont concernées. En Charente-Maritime, à Port-les-Barques, des « zones de danger mortel » ont été rasées, 75 familles ont été relogées.

Un zonage effectué après Xynthia imposait la destruction de quinze habitations. Le maire, après enquête auprès des habitants, a demandé d’élargir cette zone à 42 habitations, toutes situées à moins de 3,10 mètres d’altitude. Ces logements avaient été construits dans d’anciennes zones humides ou des cuvettes, dans les années 1970.

L’édile a aussi imposé la destruction de quinze résidences supplémentaires, près de l’estuaire de la Charente, une zone très exposée aux inondations.

A ce jour, 56 édifices ont été détruits dans des secteurs déjà submergés en 1999 par la tempête Martin. Trois nouveaux lotissements sont prévus dans la commune, à 12 mètres d’altitude, afin d’accueillir les familles déplacées. Le premier est achevé, le deuxième est en cours, le troisième est encore au stade de projet.

Ces problèmes risquent de s’étendre à d’autres régions comme le Nord – Pas-de-Calais. La question est par exemple très sensible à Dunkerque (Nord)…

La villa Amélie, à Soulac-sur-Mer (Gironde), est menacée par l’érosion du littoral. Un processus qui risque de s’accélérer avec le réchauffement climatique.

La villa Amélie, à Soulac-sur-Mer (Gironde), est menacée par l’érosion du littoral. Un processus qui risque de s’accélérer avec le réchauffement climatique.

La faune migre vers le nord

Cap au Nord. C’est le message que les espèces animales et végétales se transmettent. « En Bretagne, dans les filets des pêcheurs de Lorient, on trouve déjà des poissons-perroquets, habitués des eaux tropicales », explique Benoît Hartmann, de France nature environnement, la fédération française des associations de protection de l’environnement.

Mais il est encore tôt pour affirmer que les poissons exotiques vont remplacer la sardine, car pour considérer qu’une espèce a changé d’aire de vie, il faut qu’elle se reproduise plusieurs années de suite dans son nouvel environnement.

D’une façon globale, « les espèces animales se déplacent vers les pôles », témoigne Paul Leadley, professeur au laboratoire Ecologie systématique évolution et co-auteur du rapport du Giec. A tel point que l’on prédit à l’Arctique le statut de grande zone de pêche.

Ce grand chassé-croisé bouscule déjà les écosystèmes. « Les insectes et les oiseaux peuvent s’adapter à un changement climatique modeste, note Paul Leadley, mais ils pourraient être dépassés par une hausse trop rapide des températures. »

Les poissons d’eau douce sont menacés aussi, dans les estuaires du fait de la remontée des eaux salées dans les terres, et dans les lacs, à cause de la hausse des températures.

poissons-perroquets

Les poissons-perroquets, habitués à évoluer aux abords de coraux, dans les zones tropicales, sont de plus en plus pêchés au large de… la Bretagne !

Routes et rails sont fragilisés

En 2003, une photo prise dans une grande gare parisienne avait attiré l’attention. Elle montrait des rails totalement gondolés à cause de la chaleur. C’était l’été de la canicule.

Aujourd’hui, dans le cadre du Plan national d’adaptation au changement climatique, la SNCF, par ailleurs un des leaders en la matière dans le monde, mène une réflexion sur l’état de ses rails.

Pas question non plus de laisser les trains de banlieue dormir au soleil en attendant de retrouver leurs voyageurs. Par grosse chaleur, ils peuvent atteindre une température de 60 °C. La construction de préaux est ainsi prévue pour les garer.

Dans un autre domaine, la résistance des infrastructures françaises – ponts, routes… – à une montée des températures va être testée.

D’autant que, d’après l’Onerc, une élévation d’un mètre du niveau de la mer, tel que c’est envisagé d’ici à la fin du siècle, recouvrerait 355 kilomètres d’autoroutes, 198 kilomètres de nationales, 4 338 kilomètres de départementales, 15 522 kilomètres de routes communales et 1 967 kilomètres de voies ferrées.

L’eau doit être rationnée

L’été, il arrive que la France impose des restrictions de consommation d’eau. Créée en 2011, une cellule de crise interministérielle est activée une année sur trois. Comme l’explique Benoît Hartmann, de France nature environnement, « la crise de la ressource en eau est devenu structurelle ».

D’après l’Onerc, « nous allons manquer de 2 milliards de mètres cubes par an à l’horizon 2050 ». Or l’eau est essentielle pour le refroidissement d’équipements comme les centrales nucléaires, la production d’énergie, et nécessaire à la navigation sur les canaux français, qui se retrouvent à sec pendant des périodes de plus en plus longues…

Site nucléaire et solaire du Tricastin et de CruasLa centrale nucléaire de Tricastin, dans la vallée du Rhône, connaîtrait des problèmes au niveau des circuits de refroidissement en cas de pénurie d’eau.

Site nucléaire et solaire du Tricastin et de CruasLa centrale nucléaire de Tricastin, dans la vallée du Rhône, connaîtrait des problèmes au niveau des circuits de refroidissement en cas de pénurie d’eau.

 

• Par Anne Tézenas Du Montcel – Photos Thierry Seni / Hemis


En savoir + :

Pour mieux connaître les risques climatiques dans votre ville ou votre secteur, le simulateur de climat réalisé par Météo France permet de voir les évolutions selon différents scénarios sur le site Meteofrance.fr.Quant à lui, le site www.drias-climat.fr est le seul au monde qui permette à chacun d’effectuer des simulations et des projections à long terme sur le climat français.

Sur la plate-forme du ministère du Développement durable, developpement-durable.gouv.fr, vous pouvez savoir comment votre ville ou votre secteur se prépare aux bouleversements climatiques. Vous pouvez y consulter un Schéma régional du climat, de l’air et de l’énergie (SRCAE).

Par ailleurs, vous trouverez un plan d’anticipation des risques, le Plan climat-énergie territorial (PCET), réalisé par chaque ville de plus de 55 000 habitants, sur le site pcet-ademe.fr.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 22 avril 2014 par dans Eco-habitat & Bioclimat.

Chroniques

Entrez votre adresse mail pour suivre le voyage du petit Saint Marthien et être notifié par email des dernières nouvelles.

Rejoignez 42 autres abonnés

Saint Marthien

Je viens d'un monde,
Où les Hommes n'ont pas de visage
Où les mots sont des silences
Où les questions n'existent pas
Où les rêves sont des réponses