Le petit Saint-Marthien

Journal de bord d'un intraterrestre

On ne joue pas avec la nourriture

STOP À LA SPÉCULATION FINANCIÈRE SUR LES MATIÈRES PREMIÈRES AGRICOLES ET SUR LES TERRES

Des spéculateurs de toutes sortes parient sur l’évolution des prix agricoles et investissent dans des entreprises qui achètent massivement des terres à l’étranger. Par ces pratiques spéculatives, ils participent à la concentration des terres dans les mains des plus riches et à la hausse des prix alimentaires, menaçant la sécurité alimentaire des plus pauvres et l’avenir des petits agriculteurs.

Des banques sont complices … 

Entre 2006 et 2008, l’indice des prix des produits alimentaires de la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, a enregistré une hausse de 71% des prix des produits les plus essentiels. Cette augmentation a même atteint 126% pour le riz et les céréales. Juste après , les prix sont redescendus pour mieux repartir à la hausse. Au début de 2011, ils atteignaient de nouveau leurs niveaux de 2008. De nombreux observateurs évoquent un nouveau facteur : une spéculation de plus en plus forte sur les marchés des produits agricoles.


Cette petite animation explique le lien entre spéculation sur matières premières et hausse des prix de l’énergie et alimentaires.

Quel est le problème ?

Le problème : L’extrême volatilité des prix agricoles
Historiquement, les prix agricoles mondiaux ont été stables notamment en raison de mesures de régulation en Europe et ailleurs. Mais ces dernières années cette stabilité en a pris un coup avec l’émergence d’une extrêmement volatilité.

Volatilité expliquée par les fondamentaux du marché…
Ces variations brutales de prix s’expliquent par les variations de l’offre et de la demande : l’augmentation de la demande des pays émergents, la production d’agrocarburants, les prix élevés du pétrole et des engrais, les mauvaises récoltes causées par les aléas climatiques.

…mais pas seulement
Un nouveau facteur entre en jeu, la spéculation massive de nouveaux investisseurs financiers sur les marchés agricoles- hedge funds, fonds de pension, fonds souverains, et les banques financières.

La spéculation a toujours existée
Depuis le 19ème siècle, les agriculteurs vendent leurs récoltes futures à travers des contrats à terme pour se protéger des variations de prix. Les hedgers (entreprises agroalimentaires) ainsi que les spéculateurs achètent ces contrats à terme.

Les spéculateurs qui n’ont pas besoin de ces produits agricoles achètent les contrats pour les revendre ultérieurement plus cher aux hedgers.

…mais n’avait pas cette ampleur
Quand les spéculateurs ne représentaient qu’une faible minorité des acteurs sur les marchés à terme, leur comportement ne pouvait pas perturber les mécanismes de formation de prix. Dès lors qu’ils deviennent majoritaires sur ces marchés, ils sont en mesure d’interférer et de manipuler les cours.

cacao

Exemple
En juillet 2010, le hedge fund anglais Armajaro a acheté 240 100 tonnes de fèves de cacao à Londres, en contrat à terme, presque la quasi-totalité des stocks européens et 7 % de la production annuelle mondiale. Cet achat a créé une pénurie artificielle qui a provoqué une flambée des prix. Cet exemple illustre bien l’idée que le produit fictif détermine désormais le prix du produit réel, par l’abus de position de marché des nouveaux spéculateurs. En accumulant une grande partie des contrats à termes de cacao, Armajaro a créé une pénurie artificielle qui a dicté une augmentation du prix du cacao sur les marchés physiques.

Pour une large majorité d’experts, ces nouveaux acteurs favorisent des bulles spéculatives.
La majorité des experts et des agences internationales reconnaissent l’effet déstabilisant de ces nouveaux acteurs : ils augmentent de façon artificielle les prix sur les marchés locaux mais aussi internationaux.

Quels sont les impacts ?

Dans notre monde libéralisé, où les États ne régulent plus les prix, la hausse des prix des produits agricoles sur les marchés internationaux se répercute directement sur les prix des marchés locaux appauvrissant les consommateurs et producteurs-particulièrement dans les pays les plus pauvres du Sud.

Les consommateurs : premières victimes
Au Sud, les consommateurs consacrent en moyenne ¾ de leurs revenus à l’alimentation. L’augmentation du coût de l’alimentation accentue la faim et la pauvreté. Trop pauvres, les ménages ont encore moins d’argent pour la scolarité, les soins de santé, etc.

Les producteurs : pas forcément gagnants
La hausse des prix n’entraine pas nécessairement une augmentation de revenus pour les petits producteurs, souvent trop pauvres pour investir, ou pouvoir vendre juste au moment où les prix sont hauts. Et comme ces petits producteurs ne produisent souvent pas assez pour nourrir leur famille, ils sont eux-mêmes victimes de la hausse des prix. En Belgique, les producteurs de viande croulent sous le poids du prix des intrants pour nourrir le bétail.

Les Etats dépendants : situation alarmante
Les Etats les plus pauvres sont, en grande majorité, des pays importateurs nets de denrées alimentaires. Ce sont ces mêmes Etats auxquels les institutions internationales et bailleurs internationaux ont imposé dans les années 80 l’abandon de politiques agricoles fortes au profit d’une sécurité alimentaire à bas prix en provenance de l’étranger. Pour ces Etats, l’impact des pics de prix se mesure en augmentation du coût des importations qui grèvent le budget des Etats et réduit les mesures de soutien aux populations pauvres.
Concrètement, il en découle une forte instabilité politique et une augmentation des conflits internes, ce qui mène aux révoltes qu’on a pu observer en 2008 en Afrique de l’Ouest ou en 2011, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

Quelles sont les solutions ?

Jusqu’ici peu d’efforts ont été faits pour s’attaquer concrètement et réellement aux causes structurelles de la volatilité en prenant des mesures efficaces de régulation des marchés, y compris des marchés financiers. Que ce soit au niveau international, ou européen, les intentions sont là, mais les engagements concrets manquent.

Au niveau européen, des mesures en vue de renforcer la transparence des produits dérivés négociés de gré à gré ont été prises dans le cadre de la régulation dire Emir. Par ailleurs, la directive sur les marchés d’instruments financiers est en cours de révision. Le Parlement européen a voté le principe de limites de position obligatoires, mais le texte est trop faible. Le Conseil doit en encore se prononcer…

La régulation des marchés financiers et de la spéculation implique :

• Une réelle transparence des marchés financiers, et des opérations financières à tous les niveaux.
• Des limites de positions imposées à tous les acteurs sur les marchés financiers, sans exception, et sur toutes les opérations, en ce compris les opérations de trésoreries. Ces limites de position doivent être fixées à priori, par les autorités de régulation européennes et internationales. Il faut également proposer des seuils qui soient réellement contraignants, par catégories  mais aussi pour  les acteurs individuellement.
• De restaurer la frontière entre les banques de dépôt et d’investissement, pour que nos banques ne puissent pas utiliser les fonds en dépôt pour investir et spéculer sur les matières premières agricoles.

Afin de répondre à l’impérieuse nécessité de stopper la spéculation excessive sur les marchés agricoles, il est nécessaire que nos responsables politiques prennent des mesures visant à réguler les marchés dérivés et le secteur financier en général, mais aussi s’attaquer aux causes de la volatilité des prix agricoles notamment au travers de politiques de stabilisation des prix.

En attendant que les politiques s’engagent, SOS FAIM vous invite à interpeller votre banque.

VOTRE BANQUE JOUE-T-ELLE AVEC LA NOURRITURE ?


A consulter :

» On ne joue pas avec la nourriture !
» SOS FAIM
» Finance Watch?

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Cette entrée a été publiée le 20 décembre 2013 par dans Ethique.

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