Le petit Saint-Marthien

Journal de bord d'un intraterrestre

Permaculture

​C’est quoi, la permaculture ?

La permaculture est une véritable boîte à outils pour la transition écologique. Né en Australie dans les années 70, cette science basée sur l’observation et l’optimisation de l’environnement se diffuse petit à petit dans les villes et les zones rurales sur tous les continents. 

Une impossible définition ?

Il existe un certain nombre de livres assez épais sur la permaculture : ceux de Fukuoka, très théoriques, ou ceux de Mollison et Holmgren, beaucoup plus pratiques. Ces livres sont passionnants mais peuvent être difficiles d’accès. Le petit film d’Emilia Hazelip est aussi très bien, mais ne donne qu’un petit aperçu des possibilités de la permaculture.

Je n’ai pas trouvé jusqu’à maintenant sur Internet de texte véritablement satisfaisant sur la permaculture. Le plus souvent, on tombe sur des sites définissant la permaculture par quatre principes : pas de labour, pas d’engrais, pas de pesticides, pas de sarclage.

Ayant lu ça, on est bien avancé : c’est bien joli, de s’interdire tout ça, mais comment on fait, concrètement, pour tirer quelque chose à manger de la terre ? Et la permaculture ne se résume-t-elle qu’à ces quatre points ?

Les pages consacrées à la permaculture sur Wikipédia et sur Ekopedia sont déjà plus intéressantes, mais restent assez théoriques :

La permaculture est un ensemble de pratiques et de mode de pensée visant à créer un production agricole soutenable, très économe en énergie (travail manuel et mécanique, carburant…) et respectueux des êtres vivants et de leurs relations réciproques. Elle vise a produire de la nourriture en renforçant l’ecosysteme et les êtres vivants specifiques à un lieu.

Elle utilise des notions d’écologie, de paysagisme, d’agriculture biologique et de pédologie. La permaculture invite à mettre ces aspects théoriques en relation avec les observation réalisées sur le terrain.

La base de la permaculture n’est pas uniquement d’analyser les éléments constitutifs d’un système individuellement , mais aussi de prendre en compte leurs interactions, dans le but de produire une compréhension de l’écosystéme dans l’optique d’une utilisation par l’homme.

(wikipedia)

Les principes de David Holmgren

Dans « Permaculture : Principles and Pathways Beyond Sustainability » (2002), David Holmgren a développé un ensemble de principes légèrement différents et parfois complémentaires. Vous pouvez les retrouver dans ce document gratuit au téléchargement : L’Essence de la Permaculture

  1. Observer et interagir
  2. Récupérer, emmagasiner et recycler les énergies
  3. Obtenir une production
  4. Appliquer l’autorégulation et accepter les rétroactions
  5. Utiliser et mettre en valeur les ressources et services renouvelables
  6. Ne pas produire de déchets
  7. Concevoir de la structure aux détails
  8. Intégrer plutôt que séparer
  9. Des solutions petites et lentes
  10. Utiliser et mettre en valeur la biodiversité
  11. Utiliser les frontières (ex. lisières) et mettre en valeur le marginal
  12. Utiliser et répondre aux changements avec créativité

Mais aussi :

Concevoir les positions relatives des éléments de l’écosystème (faune, flore, énergie, …)

Chaque élément a des fonctions multiples (ex. coupe-vent, engrais naturel, fourage, aliment, support de plante grimpante, …)

Chaque besoin est satisfait par des sources multiples

Concevoir l’ implantation des éléments en fonction de la fréquence d’usage, des micro-climats…

Utiliser les resources biologiques

Empiler verticalement les composants de l’écosystème (ex. arbres plus ou moins grands, buissons, herbes, racines, plantes grimpantes)

Anticiper et concevoir les successions naturelles des espèces dans le temps

(Ekopedia)

zones

Complétons tout ça par un certain nombre de remarques, en essayant d’être un peu plus concret :

D’abord, il n’existe pas une permaculture, mais des permacultures. Selon les caractéristiques du lieu sur lequel vous vous trouvez, selon le nombre de personnes et l’organisation sociale de ce lieu, selon vos propres objectifs, il y aura différents types de permacultures.

On peut définir une permaculture comme l’organisation optimale d’une communauté visant à obtenir de manière durable et autonome une production suffisante, avec une stricte économie de moyens. On voit par là que la permaculture peut dépasser largement le cadre de la simple production de nourriture : la production d’énergie, de matériaux de construction, d’outils, par exemple, rentrent dans le cadre de la permaculture.

Une permaculture peut être mise en place dans un jardin familial (voir sur un balcon), aussi bien que dans une région entière. On pourrait même envisager une permaculture mondiale. Elle peut viser à ajouter quelques légumes à l’ordinaire, comme à permettre à une communauté (famille, village, nation) d’accéder à l’autonomie (qu’il ne faut pas confondre avec l’autarcie, et qui n’implique pas le repli sur soi, bien au contraire).

De nombreuses personnes ou communautés ont fait, ou font encore, de la permaculture, le plus souvent sans le savoir. Notamment, comme le souligne Ekopedia, de nombreuses organisations traditionnelles étaient de véritables permacultures. Le bocage traditionnel était une organisation permaculturale, quoique imparfaite.

Enfin la permaculture est une pensée, une philosophie, une science, une éthique.

carrotpower

Cela passe par le respect de différents principes :

– L’adaptation aux conditions rencontrées.

Il n’existe pas de recette universelle en permaculture. Chaque situation est unique. Selon que l’on se trouvera sur une parcelle vierge, dans une forêt, sur un lieu partiellement valorisé, sur une terre abîmée, etc., la conduite à tenir pourra changer du tout au tout.

– Une organisation dans l’espace très étudiée :

Chaque lieu de production est à sa juste place. Par exemple, on placera près des habitations les cultures qui ont le plus besoin de soin, et plus loin les cultures qui nécessitent moins de soins.

On placera au nord les cultures les plus hautes et les plus épaisses, au sud les plus basses (dans l’hémisphère nord).

On utilisera au mieux les caractéristiques géographiques naturelles : pentes, expositions, altitudes. Faire pousser des plantes dans un écosystème et un climat qui ne leur conviennent pas n’est pas la meilleure manière de les traiter.

– L’utilisation des ressources locales.

Il arrive même qu’un handicap local puisse être transformé en avantage. Ainsi, le maquis ou la garrigue des régions méditerranéennes, aujourd’hui considérés comme une nuisance (incendies), pourraient être valorisés par une permaculture utilisant du BRF à partir des débroussaillages, produisant de l’énergie grâce à un compost de broussailles et l’utilisation de la biomasse.

– La mise en place d’écosystèmes tendant vers un optimum, et s’inspirant des écosystèmes naturels :

On utilise beaucoup de plantes vivaces, et notamment beaucoup d’arbres et d’arbustes. Ces plantes ont l’inconvénient d’être peu ou pas productives la (les) premières années, mais l’avantage de devenir de plus en plus productives avec le temps, et de nécessiter relativement moins de travail que les plantes annuelles.

Pour pallier l’inconvénient de cette faible rentabilité initiale, la permaculture utilise la complémentarité des cultures et des espèces. On donnera par exemple la première année l’essentiel de l’espace à des plantes annuelles, tout en mettant en place les plantes vivaces. A fil des années, à mesure que ces vivaces se développeront et commenceront à produite, l’espace dévolu aux annuelles diminuera, jusqu’à atteindre la proportion idéale entre les différentes espèces.

On laissera se développer différents types de faune en fonction de la capacité de l’écosystème à les supporter et des synergies possibles entre faune et flore.

On cherchera les meilleures proportions entre les différents types de culture, et les meilleures associations. Sachant qu’on pratiquera peu la rotation des cultures, puisqu’on a une grande proportion de plantes vivaces, on évitera les monocultures, même sur des espaces réduits.

On utilisera aussi beaucoup la troisième dimension : la permaculture ne considère pas un champs comme un lieu en deux dimensions. On utilise fréquemment des plantes de différentes tailles au même endroit : des arbres pourront supporter sur leur partie basse des plantes grimpantes, elle-même laissant la place entre elles à des plantes naines.

– L’utilisation d’espèces rustiques.

Toutes les espèces utilisées en permaculture seront des espèces sélectionnées plutôt pour leur fiabilité et leur résistance que pour leur rendement quantitatif. Le faible rendement intrinsèque de chaque espèce sera largement compensé par les synergies entre les espèces, et la plus grande régularité des cultures assurée par le moindre risque d’épidémies et de parasites.

– La suppression des tâches inutiles.

Ce n’est que sur ce point qu’interviennent les quatre grands principes habituellement énoncés. Labourer est inutile en permaculture parce que le bénéfice apporté par le labour est insuffisant au regard du travail, du matériel et de l’énergie qu’il demande.

Les engrais sont inutiles, ainsi que la préparation de grandes quantités de compost, parce qu’on utilise la capacité naturelle des déchets à se composter.

Les pesticides sont inutiles parce que les synergies entre espèces et l’équilibre de l’ensemble rendent les maladies beaucoup plus rares, et beaucoup moins destructrices.

L’élimination des mauvaises herbes est inutile, parce que la plupart des plantes ont leur utilité en permaculture, que la pratique du paillage réduit la gène occasionnée, et que le temps gagné en ne luttant pas contre les adventices compense largement la petite perte de rendement qu’elles causent. De plus, la biomasse créée par les mauvaises herbes enrichira le sol pour les années suivantes, ou nourrira les espèces animales.

– L’utilisation parcimonieuse des outils.

La permaculture n’interdit pas l’utilisation d’outils, ou de mécanisation. En revanche, de même qu’on supprime les tâches inutiles, on supprime l’utilisation inutile d’outils. En cas d’hésitation entre deux outils, on choisira toujours le moins coûteux (en argent, en énergie…).

Là encore, il ne s’agit pas de masochisme, mais de juste gestion, rendue possible par la suppression de nombreuses tâches.

– La prise en compte permanente du temps, la projection dans l’avenir.

On ne se soucie pas en permaculture d’obtenir un résultat immédiat. On cherche autant que possible à préparer l’avenir. La mise en place d’une permaculture se fait en plusieurs années, voire plusieurs décennies. Ce qui n’implique pas pour autant que les premières années soient des années de disette. Simplement, dès la première année, les cultures seront mises en place en fonction du résultat attendu ultérieurement.

On pourra par exemple laisser se développer des « mauvaises herbes », même si elles diminuent la récolte de l’année, car elles permettent de corriger certains déséquilibres du sol, puisent des minéraux dans les horizons inférieurs du sol, et créent de l’humus en captant le carbone de l’air, voire l’azote (fabacées). En laissant ces plantes sur le sol (et en s’abstenant de les brûler), elles viendront l’enrichir, au bénéfice des années suivantes.

Il existe aussi des principes d’attitude (des « mollisonismes ») :

  • Travailler avec la nature plutôt que contre elle
  • Faire le plus petit effort pour le plus grand changement
  • Le problème est la solution

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Cette entrée a été publiée le 23 juin 2009 par dans Ethique & permaculture, Permaculture.

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